_____Les premiers jours sans toi, je suis resté assis des heures entières sur la dune d'un désert imaginaire, à attendre que la folie s'en aille. Mais les vents ne tombaient pas. C'était pire. De nouveau tourments se mettaient à tourbillonner et s'accrochaient à moi sans répit.
_____C' était l'été. La ville respirait à peine. Les agences de casting ne faisaient plus sonner mon mobile. Il n'y avait que toi qui téléphonais, inlassablement, et je ne pouvais te parler, paralysé, complètement terrorisé à l'idée de prononcer un seul mot.
_____Je n'avais plus de corps. Je ne savais plus qui j'étais, ce que j'aimais, la direction à prendre. Je passais des heures dans le métro à parcourir les lignes, à observer les usagers, touristes et Parisiens, à noter leurs tics, à lire les journaux au-dessus de l'épaule, à scruter leur regard pas si vide que ça, un peu mélancolique, beau parfois. Je voulais me fondre dans l'univers, ne plus avoir de désirs, ne plus suivre ma volonté, ne plus agir.
_____A force de voir ton numéro apparaître, une fois, j'ai fini par jeter l'appareil dans une poubelle etj'ai continué à marcher. Les larmes coulaient toutes seules. La respiration était difficile. Je n'avais jamais crié comme ça. Même pendant mes cours d'art dramatique, les exercices n'avaient pas réussi à extirper le mal le plus profond. Là, c'était en pleine rue, en plein jour, comme un fou.
Premières heures au Paradis - Hafid Aggoune